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Notre village se situe dans cette région que l’on nomme l’Alsace Bossue, s Krumme Elsàss en dialecte, ou simplement s Krumme. Encore de nos jours, aucune explication du terme « bossue » n’est définitivement attestée. Il est couramment supposé que l’Alsace Bossue a été qualifiée ainsi de par sa géographie : région vallonnée, bosselée, elle apparaît effectivement « bossue » à l’œil du visiteur.

Une explication historique est également évoquée. Dernier territoire rattaché à la France en 1793, l’Alsace Bossue devait être intégrée au département de la Moselle. Mais pour différentes raisons, dont des considérations confessionnelles (Moselle à dominante catholique, Alsace Bossue protestante), ce petit territoire a finalement été rattaché à l’Alsace. Ce qui modifia la « physionomie » de l’Alsace : on peut imaginer une « bosse » sur le dos de l’Alsace !

Pour en savoir plus sur cette contrée qualifiée parfois de pays secret :
L’Office de Tourisme de l’Alsace Bossue

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L’Alsace Bossue vue par Alain MORLEY
de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saverne et environs et
de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français

     Pour les Lorrains c’est déjà l’Alsace, pour les Alsaciens c’est déjà la Lorraine… Ce pays de collines qui porte le nom d’Alsace Bossue devrait s’appeler l’Alsace d’outre-Vosges, car géographiquement c’est le versant occidental du massif vosgien.
     Trois éléments naturels font ce pays : l’eau, le grès et le bois.
     Les carrières et la pisciculture sont renommées au delà des Vosges. L’immense sylve est composée de conifères et de feuillus mais c’est le feuillu qui prédomine, les teintes variées de nombreuses espèces donnent à l’automne des teintes d’été indien.
     L’herbage remplace peu à peu les parcelles de polyculture, le vert ou plutôt les verts, s’installent car les prés des collines sont souvent dominés par la forêt. Les vergers sont nombreux, il faut avoir vu les longues files de tracteurs apportant les récoltes à l’usine de jus de fruits de Sarre-Union pour connaître les richesses de cette terre, ici le nectar de quetsche est une spécialité à découvrir !
     Le réseau hydrographique alimente le bassin de la Sarre grâce à l’Isch et à l’Eichel, de nombreux villages portent le suffixe de Bach (ruisseau). Entre Vosges et plateau lorrain, la forêt est dense, la flore riche et le gros gibier abonde.
     Depuis quelques années, il est possible de mieux parcourir cette région boisée grâce aux nombreux sentiers aménagés et balisés par les membres bénévoles du Club Vosgien de Sarre-Union et de Diemeringen. L’habitat est regroupé, rares sont les fermes ou moulins isolés.
     On y trouve des coins charmants : le sentier botanique entre Sarre-Union et Oermingen, le col de Puberg, l’étang de Donnenbach, ceux de Keskastel, la colline de Dehlingen et bien d’autres encore. Depuis le vieux banc de l’impératrice (1854) situé à l’est de Wolfskirchen ou encore depuis la colline du Kreuzberg au-dessus de Sarrewerden, de splendides panoramas se présentent à la vue.
     Le paysage n’est jamais triste, collines ondulantes, hautes futaies, flore aquatique de Bonnefontaine près de Neuweyerhof, orchidées de la grande forêt de Keskastel riche en essences variées.
     Même en terrain calcaire comme à Berg où l’on trace un sentier botanique peu commun, le paysage est riche et plein de surprises.
     D’autres collines tels les tumulus du Totenberg près de Mackwiller, le Burg de Ratzwiller ou encore la colline de Bellevue près de Gungwiller ainsi que les vallons tels ceux du Brueschbach à Goerlingen ou des Muhlgraben à Eywiller sont à découvrir.
     D’intéressantes sorties thématiques sont organisées chaque année par les responsables du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord.
     Vous pourrez admirer entre autres, les magnifiques encadrements de portes en grès sculpté, oeuvres de tailleurs de pierre de Petersbach ou d’Adamswiller. Très souvent deux clochers dominent le village car ici la communauté luthérienne majoritaire a fait que l’Alsace Bossue soit rattachée au département du Bas-Rhin. Des villages ont été repeuplés par des huguenots français avant la terrible Guerre de Trente ans ; ceci explique que certains comme Kirrberg ou Ratzwiller possèdent des armoiries portant la croix huguenote et les fleurs de lys, ceci est unique en France.
     Ici le dialecte, ou plutôt les dialectes conservent encore une importance que l’on explique par le tardif rattachement au Bas-Rhin (1793).
     La région est très active : office de tourisme, centre culturel à Sarre-Union, expositions d’archéologie à Oermingen, créations de musées à Berg et Sarre-Union, aménagement d’une plage et d’un plan d’eau à Keskastel, aire de jeux et gîtes ruraux à Asswiller. Les expositions et fêtes sont nombreuses : musique folk, fêtes médiévales, journée des Monuments Historiques, fêtes aériennes. Les centres actifs et commerciaux sont Sarre-Union, Drulingen et Diemeringen.
     L’urbanisme peut agréablement surprendre comme dans la «Villeneuve» de Sarre-Union où l’architecte du XVIIIe s. était en avance sur son temps. Des châteaux sont à découvrir : Bonnefontaine (1760), Asswiller (XIVe s.), Diedendorf (1577), Lorentzen (XIV/XVIe s.), mais aussi d’autres bâtiments remarquables comme la mairie renaissance d’Oermingen, les presbytères anciens d’Altwiller et de Sarrewerden, les maisons des XVII/XVIIIe s. de la rue de Fénétrange à Harskirchen, les oriels de Sarre-Union ou encore la belle bâtisse à colombages près de l’église de Drulingen. De belles églises méritent d’être signalées : Sarrewerden où la collégiale du XVe s. a conservé la loge du Comte, l’église gothique de Domfessel et son cimetière fortifié, le baroque Louis XV à Harskirchen, le clocher octogonal de Waldhambach, les fondations romaines de celle de Mackwiller ou encore les clochers ronds du Kirchberg et de Weyer, sans oublier la belle église protestante de Berg (1770) conçue particulièrement pour les orateurs. Le temple réformé de Sarre-Union est un futur musée du Protestantisme. Les vitraux de Bettwiller, Tieffenbach et les fresques de Diemeringen sont également intéressants à découvrir, de même que les puits sculptés comme ceux du Neubau (1774) à Butten ou de Lohr (1828) situé devant l’église.
     Les vieilles pierres sont nombreuses : vestiges de remparts à Sarrewerden, Diemeringen et Sarre-Union, vieux cimetières juifs à Struth et à Dehlingen, vestiges gallo-romains à Mackwiller.
     Cette contrée attachante recèle encore bien d’autres merveilles […].
                                        Préface du livre du photographe Yvon MEYER,  L’Alsace bossue en images, Editions Pierron Sarreguemines 1988
                                       (avec l’aimable autorisation des auteurs que nous remercions)

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L’Alsace Bossue à travers son histoire  par Jean-Louis WILBERT
Vice-Président de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Saverne et environs

     L’Alsace Bossue n’a pas fini de questionner : les autochtones, d’abord, qui s’y plaisent et continuent à faire souche, ceux qui, aujourd’hui encore, viennent s’y établir, les touristes et gens de passage enfin qui, s’étonnant de retrouver la Lorraine après l’avoir quittée quelques kilomètres plus tôt, se laissent attirer trop vite par le col de Saverne.
     En empruntant les diverses voies de communication, ils découvrent pourtant, à travers cette région tout en relief où cours d’eau, réseaux routiers et voies ferrées présentent de nombreuses sinuosités, le premier visage de l’Alsace. Ici, l’on cherche en vain la présence d’une plaine. La région communément désignée sous le terme « Alsace Bossue » – traduction approximative de l’expression allemande « Krummes Elsass » – est devenue une enclave dans le plateau lorrain suite aux aléas de son histoire. De part et d’autre, elle est limitée par les vallées de l’Eichel et de la Sarre où alternent le grès bigarré, les calcaires coquilliers, les marnes irisées et les dépôts alluvionnaires de graviers et de sable.
     L’ensemble se compose du canton de Sarre-Union (20 communes pour 15 000 habitants) de celui de Drulingen (26 communes pour 11 000 habitants) et d’une partie du canton de La Petite Pierre, totalisant environ 10 000 habitants répartis sur les 20 communes, dont onze se trouvent situées en deçà du col de Puberg (350 m). Ces trois cantons couvrent près de 584 km2.
     L’expression « Alsace Bossue », qui désigne cette partie du Bas-Rhin, n’a pas encore trouvé d’explication heureuse. Elle est d’ailleurs loin de faire l’unanimité des historiens et des géographes. Les uns se réfèrent à la configuration du sol particulièrement vallonnée ; les autres renvoient à un texte de Gaspar Sturm mentionnant, lors de la guerre menée en 1523 par les princes allemands contre Franz von Sickingen, un « Dorrenbach im kromen Elsas… bey einem flecken genant Pfaffenhoffen gelegen« , ce qui fait glisser l’Alsace Bossue vers Haguenau, l’Outre-Forêt voire le Palatinat où se trouve un « Dörrenbach ». D’autres encore citent la « Vita latina Sanctae Odiliae » du père Hugues Peltre – un Lorrain – évoquant, en 1680, une « Alsace Inférieure » (inferiorem Alsatiam) et une « Alsace courbe » (curvamque). Parfois, il est fait mention de la « Strasse, krum Meil genannt, nach Strassburg« , ancienne route romaine encore utilisée au Moyen-Age comme voie marchande et dénommée « le mille courbe ou tordu » à cause de son rentrant vers l’Est entre Sarreguemines et le Breitenstein (Pierre des Douze Apôtres).
     Sans doute serait-il plus prudent d’inclure simplement l’actuelle « Bosse » de l’Alsace dans les terres de l’ancien « Westrich » (pays de l’Ouest) qui, s’appuyant, au nord, sur les contreforts des hauteurs forestières du Hunsruck et, à l’est, sur celles du Wasgau, pénétrait dans l’espace lorrain entre Sarre et Seille, pour descendre de Metz à Senones et remonter le long des Vosges sur Bitche via la cité fortifiée de la Petite Pierre qualifiée par Sébastien Munster de « Clus qui mène à Westrich », c’est-à-dire « Clé du Westrich ».

     Depuis une époque fort ancienne, l’Alsace transvosgienne semble avoir été densément habitée comme l’attestent de nombreux indices archéologiques trouvés à Bonnefontaine, dans la « Burg » de Ratzwiller, à Diemeringen, Oermingen… Après la conquête romaine, l’ancien « plateau médiomatrique » gagné aux routes commerciales relie les différents « pagi » (petits pays) aux centres administratifs devenus les « vici » (Vicus Saravi, l’actuel Sarre-Union ?) et aux « latifundia » établis à Mackwiller, à Oermingen, à Voellerdingen, à Dehlingen comme à Rimsdorf ou Sarre-Union.
     A la suite des invasions germaniques, les villas sont détruites et la « recolonisation » par les Francs Ripuaires s’effectue probablement par la vallée de la Sarre. Dans les chartes de l’abbaye de Wissembourg fondée en 631 apparaît pour la première fois la mention « pago saroinse » (Saargau) et « Achilgowe » ou « pagus aculinensis » (Eichelgau). Mais pour la contrée, le centre de gravité est Metz, capitale du royaume d’Austrasie.
     Lors du partage de la Lorraine par le traité de Meersen (870), le Saargau supérieur tombe dans le lot de Louis le Germanique. Ballotée entre la France et l’Empire, la Lorraine revient en 911 à Charles III le Simple (893-922) pour repasser dès 925 à Henri l’Oiseleur, roi de Germanie. C’est ainsi que débute pour cette contrée un rattachement de près de neuf siècles aux pays germaniques, avant son retour à la France en 1793.
     C’est au début du XIIe siècle qu’apparaissent officiellement les comtes de Sarrewerden. Vassaux des évêques de Metz, ils sont chargés de l’administration, de la justice et de la police d’une quarantaine de « paroisses ». Sur une presqu’île de la Sarre (aujourd’hui Sarrewerden), ils élevèrent leur château. En 1328, Buckenheym, l’actuel « vieux » Sarre-Union, se vit octroyer le statut de ville libre par Frédéric II de Sarrewerden.
     D’autres comtés se constituent peu à peu : à l’est, celui de La Petite Pierre qui passe sous la tutelle des comtes palatins, des Birckenfeld et des Deux-Ponts. La petite seigneurerie de Diemeringen dépend successivement des Zweibrucken, des Fénétrange et Moers-Sarrewerden, puis de la branche rhingravienne de Kyrburg-Dhaun et de Salm-en-Vosges ; celle d’Asswiller, d’abord rattachée au comte de la Petite Pierre, est confiée aux Steinkallenfels-Cathcart. Au-delà du col de Puberg, les localités sont placées sous l’influence des Hanau-Lichtenberg, des Deux-Ponts-Bitche et des Hesse-Darmstadt.
     En 1397, la lignée des Sarrewerden s’éteint. Elle est remplacée successivement par les Moers-Sarrewerden (1397-1527) et les Nassau-Sarrewerden (1527-1793). Ces derniers introduisent, à partir de 1557, la Réforme, transformant de la sorte le comté en une enclave protestante de la Lorraine catholique.
     Dans la seconde moitié de XVIè siècle, des réfugiés calvinistes lorrains et français viennent s’installer dans le comté. C’est à eux qu’on doit l’essor des huit villages dits « welches ». Un siècle plus tard, les terres des Nassau dévastées par la guerre de Trente Ans (1618-1648) accueilleront des émigrés suisses.
     Désireux de réaliser l’unification de l’Alsace et la création de la Province de la Sarre, Louis XIV met en place, à partir de 1680, les Chambres des Réunions qui ordonnent aux sujets des princes possessionnés étrangers de ne reconnaître nul autre souverain que le roi de France. Mais, suite au traité de Ryswick (1697), le Roi Soleil est obligé de restituer aux Nassau l’ancien comté à l’exception de Bouquenom-Sarrewerden recouvré par Léopold I, duc de Lorraine. Les comtés de La Petite Pierre et de Hanau-Lichtenberg, par contre, restent rattachés à la province d’Alsace. Par le traité de Vienne (1735), l’enclave lorraine de Bouquenom-Sarrewerden, cédée avec les duchés de Lorraine et de Bar à Stanislas Leszcinski, roi déchu de Pologne, forme une prévôté dans le bailliage de Sarreguemines.
     En 1745, les localités de l’ancien comté de Sarrewerden et de la prévôté de Herbitzheim, jusqu’alors administrées en commun par les différentes branches nassauviennes, sont réparties aux Nassau-Saarbruck (bailliage de Harskirchen), et aux Nassau-Weilburg (bailliage de Neu-Sarrewerden). Ces derniers, obligés d’abandonner en 1697 leur résidence administrative de Sarrewerden, avaient fait construire, dix ans plus tard, une nouvelle ville élevée sur la rive gauche de la Sarre, face à Bouquenom, et, en souvenir des biens perdus, l’avaient tout simplement dénommée « Neusaarwerden ».
     A la mort de Stanislas Leszcynski (1766), l’enclave Bouquenom-Sarrewerden est rattachée de suite à la France. Touchés par la politique de propagande conquérante mise en place par la Convention nationale et par l’aide promise par la jeune République aux peuples voisins des frontières désireux « d’être soustraits au joug des valets corruptibles du despotisme », les sujets nassauviens en majorité protestants des deux bailliages demandent, en 1792, la formation d’un district propre avec rattachement au département du Bas-Rhin, et ce, pour les motifs suivants : us et coutumes identiques dans tous les villages de l’ancien comté de Sarrewerden, langue allemande parlée par tous, relations commerciales étroites avec l’Alsace, refus de laisser morceler les biens de leur Eglise.
     Aussi, la Convention décrète-t-elle, le 14.2.1793, la réunion des communes du pays de Sarrewerden, de Harskirchen et d’Asswiller au territoire de la République. Le 23.11.1793, elles sont incorporées avec celles du pays de Diemeringen, à l’Alsace. Ainsi, le département du Bas-Rhin franchissait le col de Saverne et se prolongeait, au-delà du plateau lorrain, dans les vallées de la Sarre et de l’Eichel, pour s’enrichir de 43 communes fortes de près de 18 000 habitants qui, de ce fait, devenaient Alsaciens.
Préface de l’album du photographe Jean-Georges SERFASS,  Portraits et paysages d’Alsace Bossue, Editions Scheuer Drulingen 1998 (avec l’aimable autorisation des auteurs que nous remercions)