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Métiers exercés à Weislingen au 19e siècle

          Le monde change, les temps changent, les métiers aussi. Et les métiers d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux que pratiquaient nos ancêtres du 19e siècle. Pour en avoir le coeur net, une petite enquête…

La méthode
          Le choix de l’échantillonnage s’est porté sur les registres d’état civil des mariages sur une période donnée. Pourquoi ce choix? Ces registres contiennent le plus de renseignements sur les « protagonistes » : profession et âge des époux et de leurs parents, ainsi que des témoins (4 en général). Ils mentionnent également la commune de résidence. De plus les tranches d’âge concernées par le mariage concernent généralement des personnes en situation de pleine activité professionnelle.
          Pour couvrir tout le 19e siècle, sans procéder à un dépouillement complet et de ce fait fastidieux, le choix s’est porté sur trois périodes de 20 ans séparés par des périodes de 20 ans, situées au début, vers le milieu et vers la fin du siècle. Ce qui devrait donner une représentation assez fidèle des métiers exercés durant ce siècle à Weislingen. Assez fidèle seulement, car elle laisse de côté les restés-célibataires d’une part, ainsi que ceux qui, du fait de la forte mortalité infantile et juvénile (voir tableau 3), ne sont pas arrivés à l’âge du mariage. Et ce ne sont sans doute pas les plus fortunés. C’est ce qu’on appelle un biais en statistique, qui en relativise les résultats. Une étude plus fine concernant le relevé chiffré des métiers à partir des registres des naissances pourra servir quelque peu de correctif. A comparer aussi avec les statistiques établies pour ces mêmes périodes à partir des registres des décès, qui en disent long sur les conditions de vie et d’hygiène de l’époque. De quoi refroidir les ardeurs des nostalgiques du « bon vieux temps »…

Quelques constats
          Lors du dépouillement est apparue la très forte prédominance du métier de laboureur. C’est à croire que chaque famille possédait ou du moins exploitait un train de culture, et que c’était l’activité principale, subsistance oblige. Suivent les métiers ouvriers suivants, représentés avec une certaine fréquence : maçon, tisserand, tailleur, menuisier, cordonnier, charron, tuilier, charpentier. Le surnom de Spengler attribué aux habitants du village est curieusement un peu moins représenté quantitativement. Nous avons quand même découvert quelques métiers « exotiques » : Galanteriewarenhändler, réparateur ou fabricant de parapluies (autre spécialité des habitants de Weislingen, paraît-il), castreur (ou castrateur?… Freud n’est pas loin), musicien, agent d’assurance (plusieurs fois témoin, mais aussi mentionné ailleurs comme instituteur). Quelques métiers mentionnés, comme ceux du verre, sont exercés en fait par des habitants de villages voisins, parfois simples témoins du mariage.
          A de rares exceptions près, les femmes sont mentionnées sans profession. Dans les deux premiers échantillons, la plupart ne savent pas signer, donc pas écrire. Cette situation évolue au cours du siècle, notamment à partir de 1840/50 (sauf pour les mères des époux, plus âgées), et dans le dernier échantillon cette mention devient rare. L’école est passée par là. A noter que chez les hommes, école ou pas, la mention est moins fréquente : du moins savent-ils signer.
          Autre constat qui transparaît dans les actes de mariage : il n’est pas rare qu’un parent de l’un ou l’autre époux soit déjà décédé, quand ce n’étaient pas les deux. Et un nombre non négligeable des parents étaient des veufs/veuves remariés. C’est qu’on ne restait pas longtemps en veuvage: un veuf avec une ribambelle d’enfants ou une veuve sans moyen de subsistance ne pouvaient tenir longtemps, en l’absence de crèches, d’assistantes maternelles ou autres œuvres de bienfaisance. Les temps étaient durs et il fallait vivre, voire survivre.

o O o

          Il se dégage de cette petite étude, qui n’a aucune prétention scientifique, une certaine image de la société rurale de Weislingen au 19e siècle : un village peuplé d’habitants aux revenus sans doute modestes, aux conditions de vie précaires, tournées vers l’exploitation agricole de petites surfaces voire de lopins de terre, et centrées sur l’entretien de leur outil de production et de leur habitat. Le grand nombre de représentants des métiers du bâtiment est sans doute à mettre en relation avec l’évolution démographique : de 1800 à 1828, la population passe de 498 à 867 habitants, soit une augmentation de près de 75% en moins de 30 ans! C’est ce qui explique la construction de maisons « coincées » entre la rue de la Liberté et la rue des Menuisiers. C’était une époque aussi où l’on ajoutait un étage aux maisons existantes. Et la pression démographique avait été encore plus spectaculaire au quart de siècle précédent, puisque de 1773 à 1800 la population aurait progressé de 135 à 498 (voir Jean-Jacques Schneider, Histoire de la commune de Weislingen).

>>> sur les métiers anciens voir SERFASS Charles La Petite Pierre, l’ancienne seigneurie, p. 186-202, où l’auteur évoque les métiers de la forêt, les sabotiers, vanniers, potiers, forgerons, etc.